Il y a des chats dociles, qui se prêtent avec complaisance à toutes les caresses que leurs compagnons humains ont envie de leur prodiguer. D’autres, qui ont leur content de marques d’attention, vont se débattre et bondir à terre, ou se réfugier ailleurs. Mais certains chats — plus nombreux qu’on ne le croit généralement — ont une réaction plus violente à un surcroît de caresses.

Jouant, pour reprendre le mot d’un auteur, les « Dr. Jekyll et Mr. Hyde », l’animal donne un brusque coup de patte et attaque la main amicale de son maitre. L’agression est si inattendue et, en apparence, si injustifiée qu’elle blesse ce dernier non seulement dans sa chair, mais aussi dans son esprit.

Les étapes de ce comportement

Avant d’expliquer ce qui a déclenché ce geste, essayons de revoir précisément le film des événements. D’abord, le propriétaire s’est mis à caresser son chat, lui a chatouillé l’oreille ou gratté doucement le crâne. Le chat réagit affectueusement, il est détendu et ronronne sans doute.

Puis, au bout d’un certain temps, il se raidit d’une manière imperceptible, souvent sans que le maître s’en rende compte, ses oreilles commencent à pivoter, de sorte que l’arrière des oreilles se tourne vers l’avant. C’est le signal clé, il signifie : danger. Au même moment, les pupilles peuvent se dilater. Puis, à une telle vitesse qu’il est à peine possible d’analyser les mouvements, le chat lance la patte, griffes tendues, zébrant de rouge la peau de la main aimée. Il peut, en même temps, accompagner ce geste d’une morsure brutale. Puis, en un éclair, il s’enfuit, comme pris de panique.

chat-agressif

C’est là le comportement d’un chat qui se sent gravement menacé et qui frappe pour se protéger. Aussitôt, sachant qu’il peut s’attendre à des représailles immédiates, il file se mettre à couvert. Mais pourquoi se sent-il brusquement menacé par le contact de son propriétaire, quand celui-ci est d’humeur tout à fait pacifique?  Deux explications semblent possibles. La première tient compte du passé personnel de l’animal. Il arrive souvent qu’un chat se trouve trahi par une main amie. Les doigts vont et viennent gentiment, chatouillent ici et là, grattent le menton, puis, sans prévenir, ils attrapent le chat et le soulèvent.

C’est la stratégie utilisée par les étrangers qui ont peur de ses coups de griffes et cherchent le moyen de prendre le chat sans se faire attaquer. Le vétérinaire qui veut examiner l’animal peut se comporter de cette manière avant de procéder à une piqûre, par exemple. Le chat a de la mémoire, surtout pour les mauvais coups, et une expérience pénible le poursuivra pendant des années. Cela crée un conflit, dans l’esprit du félin, car, bien qu’il ait envie d’être caressé et dorloté comme tous les chats domestiques, il éprouve une méfiance profonde à l’égard de cette main qui va et vient, craignant qu’à tout moment elle ne s’empare de lui pour l’immobiliser.

Lors du premier contact, le besoin d’être caressé est si fort qu’il réprime cette frayeur. Mais, les secondes passant, le besoin devient moins pressant et la peur d’être pris resurgit et grandit en lui. Brusquement, c’est elle qui prend le dessus, devenant incontrôlable. Alors, la patte jaillit et une boule de poils s’enfuit, paniquée, le souvenir ancien substituant l’horrible Mr. Hyde à ce bon Dr. Jekyll.

Pour les chats qui ne sont pas affligés de souvenirs déplaisants, le risque est moindre de les voir mordre la main qui les caresse, mais cela peut arriver de temps à autre. Pour concevoir cela, il faut bien comprendre le sens de ces caresses, non de notre point de vue mais de celui du chat.

Il peut arriver que, de temps à autre, des chats adultes se fassent mutuellement leur toilette. Mais la forme la plus courante de toilettage social est aussi la plus connue : la mère qui lèche ses petits. Les chatons acceptent cela pendant un certain temps avant de décider un beau jour qu’ils en ont assez. Pour le chat domestique adulte vivant avec des compagnons humains, la main du maître est une « langue maternelle » symbolique qui lisse et tire son pelage. Lorsqu’il en a assez qu’« on lui fasse sa toilette », son état d’esprit change et la main cesse de remplir le rôle de la langue de la mère.  Bien que le geste continue, toujours le même, la main devient à présent la « patte géante » d’un énorme chat. Dans ce nouveau rôle, elle représente brusquement une menace et l’animal réagit aussitôt par une attitude défensive.

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