Des maîtres ont pu constater que leurs chats aimaient les femmes et détestaient ou redoutaient les hommes. A quoi tient cette distinction ?

Deux éléments à prendre en considération

Ici, deux éléments entrent en jeu. L’un concerne la tonalité de la voix humaine. Le timbre d’une VOIX féminine, plus haut perchée, est plus proche de celui du chat, ce qui le rend plus plaisant. Mais cette particularité ne suffit pas à expliquer pourquoi certains félins courent se cacher dès qu’ils entendent un homme approcher. Ce type de comportement révèle que, dans le passé, le chat en question a été maltraité par un homme. Les chats ont de la mémoire. S’ils ont eu à souffrir à cause d’un membre de la gent masculine, ils détesteront tous les hommes pendant des mois, voire des années.

Faut-il y voir le signe que les hommes sont plus cruels envers les félins que les femmes? Pareille interprétation impliquerait que le chat peut distinguer entre la cruauté délibérée et la souffrance qui lui a été infligée pour son bien. Or, la majorité des vétérinaires sont des hommes et les chats mettent parfois très longtemps à oublier les soins dont on les a entourés dans les cliniques pour animaux.

Bien que le malheureux médecin ait agi pour le seul bien de l’animal, celui-ci ne peut en aucun cas associer la piqûre, l’administration de médicaments sous la contrainte et sa guérison ultérieure.  Il sait seulement qu’un être humain de sexe mâle s’est approché de lui, qu’on l’a alors maintenu de force et qu’il lui est ensuite arrivé quelque chose de douloureux. Aussi, la prochaine fois qu’il entendra une voix masculine, ou un pas masculin — car les chats associent très vite le pas lourd avec la voix profonde de l’homme —, lorsqu’il sentira l’odeur d’un homme — car les chats associent également les odeurs humaines et le sexe —, l’animal croira que ses ennuis sont sur le point de recommencer et il battra rapidement en retraite.

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Un certain chat, qui s’était toujours montré gentil avec hommes et femmes, a fait la démonstration de ce comportement. C’était un chat errant qui venait mendier sa nourriture dans le jardin d’un pavillon, installé en ville.

Dès qu’il était repu, il venait se frotter avec enthousiasme contre les jambes de ses amis humains des deux sexes. Quelqu’un du voisinage proposa d’adopter le chat et on fit appel au vétérinaire du quartier pour être sûr que l’animal était en parfaite santé avant de le laisser rejoindre son nouveau foyer. Acculé sous l’abri de jardin, le chat terrifié fut attrapé par le vétérinaire qui lui administra les vaccins nécessaires. Puis on le fourra dans un panier et on le transporta chez sa nouvelle propriétaire, une vieille dame qui vivait seule.  Peu à peu, le chat se lia d’amitié avec elle et se montra extrêmement affectueux, dormant sur son lit et la suivant partout, se frottant contre elle et sautant sur ses genoux. Le vagabond efflanqué était devenu un minet satisfait. Mais le souvenir de la scène où il s’était fait prendre pour recevoir ses vaccins ne s’était pas estompé. Un an plus tard, le chat fonçait à l’étage et se cachait sous le lit quand un homme entrait dans la maison.

Dans son esprit, c’était le vétérinaire qui était de retour pour le maltraiter. Malgré la douceur et les paroles encourageantes prodiguées par le visiteur masculin, la peur restait inchangée. Les femmes, en revanche, étaient bien accueillies et avaient droit à tous les égards, ronronnement amical et caresses diverses à l’appui, comme pour sa nouvelle maitresse. Cette distinction entre les deux sexes était presque absolue, à une exception près : un très vieil homme qui s’asseyait tranquillement et bougeait très peu.  Le chat parvenait en quelque sorte à distinguer dans son esprit ce vieux mâle du jeune homme leste qui l’avait poursuivi dans le jardin. C’est sans doute là une des grandes frustrations du métier de vétérinaire : ne jamais pouvoir convaincre ses malades que l’on agit pour leur bien, qu’on ouvre sans cesse pour les sauver et leur rendre la santé.

Ceux qui, avec une grande bonté, adoptent un chat perdu recueilli par un refuge pour les animaux abandonnés doivent s’attendre à ce genre de réactions inhabituelles.

Qu’ils ne se reprochent jamais les réactions de peur d’un chat face à certains individus ou dans des conditions spécifiques. Dans ces cas-là, l’animal revit son passé, un passé dont le nouveau maître sait peu de choses, voire rien du tout. Les traumatismes précoces reviennent hanter la mémoire de ces chats et les obligent à se comporter d’une manière inattendue. Avec beaucoup de patience, ils amèneront le chat à accepter son nouveau foyer, et il deviendra le plus aimant, le plus affectueux des petits compagnons à quatre pattes. Il peut même devenir trop affectueux, refusant de quitter d’une semelle son nouveau propriétaire, mais ce n’est que la manifestation de son angoisse d’être à nouveau trahi et abandonné.  Les chats ont parfois du mal à comprendre les humains et, comme les éléphants, ils n’oublient jamais une rencontre marquante.

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