Certains observateurs se sont intéressés à la nature des activités de jeu, qui, presque toutes, semblent reposer sur une certaine violence. Même les plus petits chatons, d’après leurs constatations, se livraient à des attaques factices contre les membres de leur propre espèce ou contre des proies.

Au XVIIIe siècle, le grand naturaliste Buffon remarquait : « Les jeunes chats sont gais, vifs, espiègles et, s’il n’était à craindre de leurs griffes, seraient d’une excellente compagnie pour les enfants. Mais leurs jeux, s’ils sont toujours légers et agréables, ne sont jamais tout à fait innocents, et déclinent bientôt en malice innée. »  C’est là une autre forme d’hypocrisie. Buffon entend non seulement reléguer au niveau d’un plaisir enfantin le plaisir d’observer les chatons au jeu, mais en plus il insinue que ce jeu est plein de malice, parce qu’il reconstitue les gestes du chasseur devant sa proie. Or, n’est-ce pas précisément variations autour des principaux thèmes.

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Les principaux thèmes de jeu chez le chat

Celui qui apparaît en premier est la bataille pour rire. Vers trois semaines, les chatons se mettent à se bagarrer avec le reste de la nichée. Ils bondissent les uns sur les autres, font des galipettes et s’agrippent mutuellement. Mais ils ne se font aucun mal. En effet, au commencement, ils n’en ont pas la force, et ensuite, ils apprennent vite qu’une attaque ludique trop violente met fin au plaisir du jeu. Ainsi, ils mettent au point l’art de l’attaque refoulée. A quatre semaines, la bagarre devient plus élaborée, avec poursuites, bonds, pattes avant qui saisissent et coups énergiques administrés avec les pattes arrière.

C’est alors que les autres principaux thèmes de jeu vont intervenir, chacun étant lié aux différentes techniques de chasse. Ces techniques consistent à bondir sur la souris, taper sur l’oiseau et attraper le poisson.

Bondir sur la souris, cela veut dire se cacher, se tapir, avancer en se tortillant, puis foncer et bondir sur un rongeur imaginaire, le plus souvent sur la queue ondulante de la mère ou un petit objet qui traîne par terre. Taper sur l’oiseau implique la même approche, mais cela se termine par un bond en l’air ponctué d’un coup énergique avec la patte de devant.  Ces gestes sont aisément stimulés par des objets mobiles qui sont suspendus en hauteur, ou par des jouets que les maîtres lancent aux chatons. Attraper le poisson d’un coup de patte survient quand l’objet posé au sol est tout à fait immobile. Le chaton tend subitement une patte et, d’un mouvement d’écope, lance l’objet en l’air et par-dessus son épaule. Puis il se retourne vivement et se jette dessus d’un air triomphant, comme si un poisson pêché dans une rivière ou dans un torrent avait atterri sur la rive et qu’il fallait le maintenir solidement avant qu’il ne retourne en se contorsionnant dans l’eau d’où il sort.

Au cours de ces séances de jeu, l’imagination du chaton est complètement en éveil. Tout petit objet qui bouge facilement peut jouer le rôle de la victime. Des jouets couteux sont disponibles, sous forme de souris mécaniques, de cylindres sonores ou de balles parfumées à l’herbe-aux-chats, auxquels tous les chats, jeunes ou vieux, réagiront avec enthousiasme. Parfois, cet intérêt peut être de courte durée, car ces jouets manquent habituellement de deux qualités essentielles. Ils sont trop durs et trop lourds.

Le jouet idéal doit être très léger, pour qu’une chiquenaude suffise à le propulser assez loin, et très doux, afin que les griffes et les dents acérées de votre petit félin puissent plonger dedans d’une manière satisfaisante. Ironie du sort, il se trouve que ce sont précisément les objets les plus simples et les moins chers qui sont les plus drôles pour lui. Un bout de papier d’aluminium roulé en boule bien serrée, ou la traditionnelle pelote de laine lui procureront les plus vifs plaisirs. Tous les maîtres constatent, les uns après les autres, que ces objets d’une banalité déconcertante amusent beaucoup plus longtemps le chat ou le chaton que les jouets sophistiqués.

Si le développement normal du chat implique les quatre schémas de jeu indiqués ci-dessus, chaque félin peut y ajouter des variantes de son cru. Ces jeux qui lui sont propres deviennent des sortes de rituels quand le chat grandit — petites conventions qui récompensent l’animal, parce qu’elles l’impliquent dans une interaction sociale avec ses propriétaires ou leurs hôtes. Le biologiste Thomas Huxley, dont la maison fut envahie par toute une kyrielle de chats durant une bonne quarantaine d’années, a raconté comment l’un d’eux, un jeune matou tabby, avait pris l’habitude déconcertante de sauter sur l’épaule des invités, refusant d’en descendre tant que la « victime » ne lui avait pas donné une petite gâterie. L’animal n’avait pas faim, et tirait son plaisir de l’effet de surprise créé par le jeu.

Un autre maître constata une autre de ces variantes. Quand il recouvrait le sol de papier journal les jours de pluie, une de ses chattes reculait jusqu’au mur, le plus loin possible, pour prendre son élan et fonçait à toute allure sur les feuilles de papier. Dès qu’elle atteignait la première page, elle freinait et faisait une glissade magistrale à travers la cuisine, jusqu’à l’autre mur, contre lequel elle allait s’écraser, à quatre pattes sur son « tapis volant ». Aussitôt après, elle reprenait son élan, attendait que les feuilles de journal soient remises en ordre et elle recommençait.

Un troisième a découvert que s’il posait une rangée de pièces sur le buffet, le chat les faisait tomber une à une. Il réussit même à lui apprendre un « truc » : le chat abattait une pièce quand son maître claquait des doigts. Le même félin s’amusait également à sauter tour à tour sur les chaises que son propriétaire lui montrait du doigt.

Plus on parle avec les personnes qui ont des chats, plus on se rend compte que ces animaux ont une personnalité très variée. S’il est vrai qu’ils ont en commun beaucoup de traits de comportement, jusque dans les moindres détails, chacun paraît avoir sa manière personnelle, originale d’embellir ses rapports avec ses maîtres, quand il s’agit de jouer. Avec un peu de chance, il peut tomber sur des humains qui, eux aussi, aiment s’amuser…

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